Le changement… oui, mais comment ?

Publié dans Bien dans ma tête par JouvenceEcrire un commentaire

Contrairement à une idée répandue, il est tout à fait possible de faire changer les gens, dans le respect et sans manipulation. Comment ? Grâce à la responsabilisation : du moment que chacun doit assumer les conséquences de ses actes, les changements se produisent automatiquement.
À l’occasion de la sortie de son dernier livre Faire changer les autres sans les manipuler, Yves-Alexandre Thalmann répond à quelques questions sur le changement. 

Pourquoi avons-nous du mal à tenir nos bonnes résolutions de changement dans la durée ?

Nous péchons par excès d’optimisme, c’est aussi simple que cela. Lorsque nous prenons une résolution, nous sommes dans un contexte bien particulier, mais qui n’est pas le même que celui où on devra l’appliquer. Prenons un exemple : je décide de manger plus sainement ou de faire régulièrement de l’exercice, alors que je suis repu et bien reposé. Mais quelques jours après, je suis à nouveau dans le rythme du travail et je me remets à avaler des sandwichs sur le pouce pour gagner du temps, à compenser le stress par des sucreries et suis si lessivé le soir que je n’ai plus le courage d’aller à la salle de sport. C’est ce décalage entre le moment de la décision et de sa mise en action qui rend si difficile la réussite des bonnes résolutions.

D’après vous, il serait vain de se fixer des objectifs de changement ?

Non, bien sûr, mais à condition de tenir compte de ce décalage. Le problème réside dans un excès de confiance en soi. On surestime notre volonté en même temps que l’on sous-estime la force du contexte ! Si l’on veut tenir nos résolutions, il faut commencer par faire preuve d’humilité. Je dirais même que l’humilité est la mère de toutes les bonnes résolutions.  Il faut cesser de croire à la toute-puissance de notre volonté. Au contraire, mieux vaut anticiper les défaillances de cette volonté…

Vous ne pensez pas qu’il faille « muscler » notre volonté ?

La volonté n’est qu’une voix parmi d’autre dans notre parlement cérébral. Celui-ci fonctionne un peu comme un parlement politique : différentes alliances se font jour lorsqu’il s’agit de prendre des décisions. Lorsque nous passons devant cette vitrine où d’excellentes pâtisseries nous font de l’œil, il y a certes la volonté qui nous enjoint de ne pas craquer, mais il y a aussi l’envie qui nous titille, notre humeur qui tend à faire pencher la balance, et puis notre intelligence qui trouve déjà mille justifications à notre laisser-aller. Mieux vaut anticiper ce débat cérébral où la volonté, minoritaire, risque d’être mise de côté. Conscient de notre faiblesse à venir, nous pouvons prendre le parti de changer de chemin et d’éviter la boulangerie. Il est plus facile d’éviter une tentation que d’y résister, comme nous le montre le récit mythologique d’Ulysse et les sirènes.

Ulysse aimerait entendre le chant des sirènes, mais il sait qu’il risque de se faire envoûter comme tous les autres avant lui. Il ne commet pas l’erreur de surestimer sa force : « Je suis un véritable héros, vainqueur de la guerre de Troie, ce ne sont pas quelques petites sirènes qui auront raison de ma volonté, non mais ! » Au contraire : il demande à ses marins de l’attacher au mât de son navire, de se boucher les oreilles et de ne plus obéir à ses ordres tant qu’ils seront sous l’influence des sirènes. Et cela ne manque pas : à la première note, Ulysse devient franc fou, toute sa raison et sa volonté vacillent et il s’époumone qu’il veut absolument les rejoindre… en vain. Si même un héros tel qu’Ulysse voit sa volonté flancher, il serait prétentieux de penser que nous résisterons mieux aux sirènes des barres chocolatées et des sofas si accueillants après une dure journée de labeur, infiniment plus accueillant que la salle de sport en tout cas !

Que faire, si la volonté n’est pas aussi fiable que l’on aimerait ?

C’est là qu’intervient le deuxième point : la force du contexte ! Sachant que nous avons de la peine à résister, aménageons le contexte pour rendre nos choix plus faciles. C’est du reste pour ces idées que Richard Thaler a reçu le Prix Nobel d’économie en 2017. Concrètement, si je décide faire de l’exercice, je réfléchis à ce qui mine ma volonté le moment venu. Par exemple la fatigue après la journée de travail. Je décide donc d’aller à la salle de sport avant de rentrer chez moi. Si j’ai tendance à grignoter, j’écarte toutes les tentations et je prends des fruits avec moi. Si je perds un précieux temps sur Internet, j’utilise un ordinateur non connecté lorsque je dois travailler, etc.

Pour que cela marche, il faut anticiper les circonstances où notre volonté risque d’être dépassée. Ce n’est pas vraiment de la pensée positive…

C’est en tout cas le contraire de la pensée magique qui prétend que si l’on pense à un problème, on va l’attirer. C’est aussi le contraire d’un optimisme simpliste qui veut croire que tout va aller pour le mieux. Quand je suis dans un avion, je suis rassuré que le pilote ne soit pas un optimiste fait et fini persuadé que tout va toujours pour le mieux. Je suis content que sa formation ait consisté à subir des simulations de toutes les avaries possibles et imaginables. Mieux encore : si c’est une difficulté jamais survenue auparavant, son entraînement le mettra tout de suite en mode résolution de problème. Précisons encore qu’il s’agit d’anticiper des difficultés sur lesquelles nous avons prise. Pour les autres, je préfère aussi l’optimisme…

Et la compréhension ? N’est-ce pas une raison suffisante pour tenir nos résolutions dans la durée ?

On sait quel est notre intérêt à nous nourrir sainement et à pratiquer de l’exercice régulièrement. Mais, comprendre n’est pas une motivation suffisante pour changer. Demandez aux fumeurs qui savent pertinemment qu’ils se détruisent la santé ! Ou aux personnes qui se nourrissent de manière malsaine. Toutes sont conscientes qu’elles devraient changer leurs comportements et des bénéfices qu’elles toucheraient, mais ce n’est pas suffisant. Pensez également aux changements nécessaires pour freiner le réchauffement climatique. Nous avons conscience qu’il faut agir, mais qui le fait vraiment ? À mon expérience, les gens utilisent plutôt leur intelligence pour justifier leurs propres actions et se donner bonne conscience. Pour changer, il est nécessaire d’en percevoir concrètement des avantages : il est nécessaire que les inconvénients du statu quo surpassent ses bénéfices. À l’image du sport où l’on ne change pas une équipe qui gagne, nous ne changeons généralement pas un comportement qui gagne…

Dans mon ouvrage sur le changement, je détaille les moyens de modifier cet équilibre entre les avantages et les inconvénients. Soyons clair : je ne dis pas qu’il est inutile d’essayer de (se) convaincre pour induire le changement. J’affirme simplement que si cela n’est pas suffisant, il est pertinent d’envisager d’autres outils, qui concernent les zones plus primitives du cerveau : le système limbique et notamment le circuit de la récompense et l’axe du stress…

Merci Yves-Alexandre Thalmann d’avoir répondu à nos questions ! Vous pouvez retrouver son livre Faire changer les autres sans les manipuler, tout juste paru, en cliquant ici.

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Contrairement à une idée répandue, il est tout à fait possible de faire changer les autres, dans le respect et sans manipulation. Mais comment les amener à coopérer et à respecter les règles ? Quelles incitations mettre en place ?

Par de brefs chapitres clairs et synthétiques, Yves-Alexandre Thalmann apporte un éclairage fascinant sur les mécanismes psychologiques qui prévalent dans le choix de nos comportements. Il développe l’idée originale que ceux-ci s’expliquent souvent mieux par leurs effets que par leurs causes, proposant une véritable méthode du changement.

Vous découvrirez des moyens concrets et bienveillants pour induire les changements souhaités chez autrui, que ce soit dans le cadre de la famille, à l’école, au travail ou dans la société en général. Amener son conjoint, ses enfants, ou ses collègues de travail à coopérer… autant d’objectifs qui seront désormais à votre portée !

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